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Bon ca y est je rhabite New YorkApril 11 le mot du jour: scum "Scum" signifie "pourriture" ou "saloperie". C'est un mot que j'ai
beaucoup entendu prononcé avant hier, et je m'en vais vous en raconter le
contexte. Nous avons une boutique dans l'Upper East Side au rez-de-chaussée d'un immeuble occupé par ailleurs par les propriétaires de ladite boutique. Ce couple avec 3 enfants vit exclusivement sur le loyer que nous leur versons. Enfin...Sur le loyer que nous leur versions jusqu'à il y a 4 mois car nous ne leur avons pas donné un sou depuis janvier. Comme vous pouvez l'imaginer les relations entre ces gens et notre avocat sont plutôt tendues, si bien que nous envisageons sérieusement de quitter les lieux. Il faut dire aussi que nous ne vendons pas des masses dans cette boutique. L'emplacement n'est pas terrible, peu de gens passent devant notre porte et les opportunités de vente sont rares. Cela dit une boutique qui marche moyen c'est mieux que pas de boutique du tout et jusqu'à jeudi dernier le mot d'ordre était de se préparer à quitter les lieux dès qu'une alternative (une autre boutique) aurait été trouvée. Jeudi donc je travaillais dans la boutique et des déménageurs devaient venir pour vider notre sous-sol. Mais quand le propriétaire est sorti acheter son café et qu'il a vu un énorme camion garé devant chez lui il a cru que nous étions en train de filer en douce et il a pété un plomb. J'ai eu beau essayer de le raisonner, il a quand même appelé le marshal pour nous faire expulser. Se faire expulser par un marshal c'est vraiment du sérieux. Je le sais parce que depuis 13 mois que je travaille dans cette boîte, ça m'est déjà arrivé une fois. Ni une ni deux j'ai demandé aux déménageurs de m'aider à empaqueter la totalité du magasin, chose que nous avons faite en un temps record d'une demi heure! Je vous rassure, j'avais l'approbation de ma patronne. On a juste laissé quelques babioles derrière nous. Les déménageurs n'étaient pas très contents cela dit parce qu'à l'origine ils ne devaient transporter que 20 cartons et avaient d'autres clients à s'occuper, alors que là je leur monopolisais tout le camion et foutais en l'air leur planning de la journée... Mais bon. En fermant la porte du magasin je me suis retrouvée nez-à-nez avec la propriétaire qui m'a limite plaquée contre un mur et j'ai eu droit a 10 minutes de "Vous n'êtes qu'une saloperie comment faites vous pour vous regarder dans un miroir? Vous réalisez que vous êtes en train de mettre une famille a la rue?" Les mots pourriture et nazi sont revenus au moins 15 fois dans son monologue. Quand j'en ai eu marre de me faire insulter je suis partie. Arrivée au studio (assez tard car la seule ligne de trains vers Brooklyn n'était pas en service pour raisons inconnues), Susan m'a dit qu'en fait le marshal n'avait pas été appelé, et que même s'il l'avait été nous aurions d'abord reçu une courrier signifiant notre expulsion imminente. Heureusement ça l'a fait rire plus qu'autre chose de voir que je m'étais mise dans des états pas croyables par simple méconnaissance du système juridique américain. Racontée comme ça, ma journée de jeudi ressemble un peu a un sketch comique, cela dit, comme mon travail consiste a être vendeuse et manager de la boutique, je viens plus ou moins de me mettre à la porte... Pas très malin, hein? Oh et vous voulez que je vous dise un autre truc pas cool? Comme le propriétaire c'est plaint de ma boîte devant les déménageurs, ils ont également pris peur de se faire escroquer et plutôt que d'être payés par chèque au moment de la livraison, ils ont exigé un chèque certifié par notre banque. Seulement notre banque est dans un autre état, et personne ne peut s'occuper d'aller chercher ce chèque avant mercredi prochain. Du coup toutes les affaires qui étaient dans le camion sont gardés par les déménageurs, y compris le pull et les affaires de sport que je leur avais laissés! Du coup cette semaine je dois aller a la gym dans ce que j'ai qui se rapproche le plus d'une tenue de sport: en pyjamas et espadrilles...La honte! March 16 suis toujours fatiguéeLa situation a belle et bien évolué, mais...comment dire...pas vraiment dans le bon sens.
J'ai fait mention la semaine dernière de Carole, une vendeuse qui habite à l'extérieur de New York. Normalement elle travaille dans notre boutique située dans la petite ville où elle habite, mais comme cette boutique est fermée pour l'hiver et que nous avons eu pénurie d'employées à New York, Susan lui a proposé de lui payer l'hôtel si elle acceptait de faire le déplacement. Bien sûr elle a accepté et cet arrangement marchait plutôt bien jusqu'à la semaine dernière, date à laquelle Susan est partie à Paris en oubliant de nous donner notre paie.
Malgré le fait qu'elle soit vraiment bien payée depuis plusieurs années (c'est elle-même qui le dit), Carole, 37 ans n'a pas la moindre économie de côté et chaque retard dans son salaire est vécue par elle comme un énorme drame. A chaque fois elle menace de démissionner ou tout du moins de pleurer devant les clients et quand elle voit que ça ne fait pas venir son chèque plus vite, elle se plaint de devoir emprunter de l'argent à son frère.
Vendredi dernier nous aurions dû être payées. Comme Susan allait partir à Paris juste à ce moment-là, Carole lui avait envoyé un email expliquant qu'elle ne pouvait pas se permettre de venir travailler sans la promesse que son argent l'attendrait à la boutique. Bien sûr Susan a promis puis s'en est allé sans rien laisser d'autre derrière elle qu'un chèque enfoui dans un endroit tellement improbable qu'il m'a fallu 2 jours pour le trouver. Mais de toutes façons ce chèque n'était pas valide, et du coup Carole a dû rentrer chez elle précipitamment, n'ayant pas les moyens de payer l'hôtel. J'ai dû aller la remplacer et au passage ai essuyé les commentaires désobligeants de Tracy qui n'était pas du tout content de ma façon de gérer la situation. Je crois qu'en fait il n'a pas aimé que je lui demande si lui-même ne pouvait pas faire un chèque pour Carole.
Enfin bref Susan est rentrée il y a trois jours et depuis je suis dans une position assez étrange. Carole envoie des emails à Susan, auxquels Susan répond, puis Carole m'appelle pour me dire "Susan m'a dit que blablabla" et quand j'en parle avec Susan, bien sûr j'ai un autre son de cloche. Je leur ai bien suggéré de discuter entre elles de vive voix mais ça n'a rien changé.
C'en est même arrivé à un point où Carole m'a appelée un soir à 7h30 pour me dire qu'un chèque m'attendait à l'autre bout de la ville et qu'il fallait que j'aille le récupérer d'urgence pour le lui envoyer par la poste à la première heure le lendemain. Le fait que j'avais quitté le bureau depuis une demi heure et que le lendemain était mon jour de congé n'a pas franchement eu l'air de l'ébranler. De toutes façons Susan n'était pas au courant de cette histoire et n'avait aucun chèque pour moi donc j'ai profité de ma soirée et de mon seul jour libre de la semaine comme si de rien n'était.
Aujourd'hui Carole refuse de venir à New York avant d'avoir son argent sur son compte et Susan refuse de lui donner son chèque autrement qu'en main propre...Le serpent se mord la queue et qui c'est qui va se retrouver à devoir bosser pour deux? March 09 suis fatiguéeJe voudrais pas avoir l'air de me plaindre mais je suis fatiguée. C'est à cause des 50 heures de travail que j'abats hebdomadairement depuis un peu plus d'un mois. Il y a deux semaines je suis même montée à 65 heures.
Jim trouve que je devrais refuser de travailler autant. Faire la grève en quelques sortes. Mais pour l'instant j'opte pour l'attente d'une évolution de la situation. Parce que en théorie je ne suis pas sensée faire autant d'heures, ce sont les circonstances qui font que, et, c'est bien connu, les circonstances elles changent.
Celles dont il est question dans mon cas précis, c'est cette bizarre habitude que certaines personnes ont prises de m'empecher de prendre mes jours de congé.
La première fois, il y a un peu plus d'un mois, j'ai été appelée à dix heures du matin parce que la fille qui travaillait à la boutique s'était cassé la figure dans les escaliers du magasin et avait dû être transportée d'urgence à l'hôpital. Nous seulement j'ai dû quitter mon cours de pilates précipitemment mais je me suis également farci tous les jours de travail de Lola, le temps que son poignet foulé et se bleus aux fesses lui permettent de remettre le nez dehors.
Peu de temps après je suis tombé malade. Une infection urinaire. Si vous n'avez jamais fait l'expérience vous-même, demandez à des copines. C'est très douloureux, on a l'impression que les reins vont exploser, la seule manière de ne pas trop souffrir est de rester complètement statique, mais comme on a souvent besoin de se lever pour aller aux toilettes on a tout le temps l'impression qu'on va mourir.
Là pour le coup j'ai été clouée au lit (donc on est d'accord que ça ne compte pas vraiment pour des jours de congé) et c'est Lola qui devait me remplacer à la boutique. Seulement le copain de Lola a eu la mauvaise idée de la plaquer! En plein milieu de ma maladie! Lola, normal, s'est bourré la gueule, a tenté de se suicider et m'a appelée à six heures du matin en pleures pour m'expliquer que là elle pouvait vraiment pas aller travailler et que les secours n'allaient pas tarder à arriver à son appartement qu'elle risquait de perdre puisque c'est son copain pété de thune qui le lui avait donné...
Donc j'ai pris ma bouteille de jus d'airelles (c'est comme ça qu'on traite les infections urinaires ici quand on n'a pas une bonne mutelle), me suis recroquevillée sur moi-même et je suis partie au travail.
Il m'a fallu quelques jours pour m'en remettre mais finalement je ne suis pas morte!
La semaine suivante tout était redevenu cool entre Lola et son copain, ils sont donc partis en vacances et je l'ai remplacée à la boutique. Mon week end est alors passé à la trape parce que malgré tout il fallait aussi que je continue à aller a studio si je ne voulais pas que le travail en retard s'accumule. Bref.
Lola devait reprendre son travail dimanche il y a deux semaines. Le lundi elle m'a appelé pour dire qu'elle était trop malade et qu'il fallait donc que je la remplace. Pas de problème, mais si tu es trop malade pour travailler aujourd'hui, comment as-tu fais pour travailler hier? Pas de réponse.
En fait elle avait oublié qu'elle travaillait dimanche et ne s'était pas pointé. Je l'ai appelée et lui ai envoyé des emails pour lui demander des explications; pas de nouvelles pendant trois jours.
Au bout des trois jours elle a fini par m'appeler pour savoir si elle pouvaitt venir chercher sa paie. Je lui ai fait remarquer qu'au vu de son absence et silence prolongé il fallait qu'elle discute avec Susan avant toutes choses et lui ai demandé si elle avait tout de même l'intention de venir travailler le week end suivant, parce que j'aurais aimé savoir si oui ou merde je pouvais enfin me prendre un week end peinard à la campagne avec mon copain.
"Si mon chèque n'est pas là, compte pas sur moi" qu'elle m'a répondu.
Finalement Susan et elle ont eu une petite discussion suite à laquelle Susan m'a dit que maintenant Lola travaillerait trois jours par semaines à la boutique, Carol (l'autre vendeuse) prendrait quatres jours, et que moi je devrais lâcher du leste. Youpi!
J'ai appelé Lola pour confirmer qu'elle allait bien reprendre du service et lui annoncer son nouveau planing...Et là, ça a été la drame.
Susan lui avait en fait promis quatre jours par semaines et non trois, donc conclusion logique de Lola, je n'étais qu'une poufiasse qui voulait lui piquer son travail.
Moi personnellement quand j'ai pas fait de grasse matinée depuis plus de trois semaines et qu'on me traite de poufiasse je n'arrive pas à garder mon calme. Surtout quand ça vient d'une fille qui a oublié de venir travailler et n'a pas l'intention de s'en excuser. Elle a bien essayé de me faire croire qu'elle n'avait pas été informée de l'emploi du temps du magasin, mais comme il avait été rédigé de sa main, ses arguments sont vite tombés à l'eau.
Enfin tout ça pour dire qu'au moment où elle m'a traité de poufiasse je me suis légèrement égarrée et l'ai engueulée comme le poisson pourri qu'elle était. Elle m'a raccroché au nez en grognant tout de même qu'elle serait au travail le lendemain. J'étais sur les nerfs mais au moins je savais que j'allais enfin pouvoir dormir.
Puis plus tard dans la nuit, entre cinq et sept heures du matin pour être précis, Lola m'a envoyé quatorze (14) textos pour me dire, entre autres, que personne ne m'aimait, que j'étais une méchante fille et qu'elle ne viendrait pas travailler le lemdemain.
Heureusement que, par acquis de conscience j'avais mis mon réveil tôt, même si j'avais la ferme intention de me rendormir juste après l'avoir éteint.
Donc je me suis levé et suis partie au magasin.
Plus tard dans la matinée j'ai reçu un coup de fil de Franciss, ma collègue au studio, qui m'annoncait que Lola avait été admise en hôpital psychiatrique pour dépression nerveuse et que j'téias bonne pour tenir la boutique pendant les trois jours suivants. Sur ce j'ai également reçu un email de Susan. "La prochaine fois que tu veux déclencher un drame, discutes-en d'abord avec moi!"
Au point où j'en était ça n'avait plus trop d'importance, trois jours de plus ou de moins. Et puis qu'est-ce que ça peut bien faire que ma patronne me juge responsable des pétages de plomb des autres? Eh ben ça fait mal. Ca vous donnerait presque envie de démissionner.
Enfin j'essayais quand même de garder la positive attitude en me disant que lundi Carol prendrait le relai et qu'elle n'était pas du genre à faire faux bond.
Malheureusement Carol est du genre à habiter à l'extérieur de la ville et dimanche dernier une grosse tempête s'est abattu sur son coin de l'état. Et qui c'est qui a reçu un texto en plein milieu de la nuit "suis coincée par la neige, peux pas venir à NY, tu peux me remplacer?"? Ben c'est bibi voyons!
Dans la journée de lundi la neige a fondu, Carol a pu venir au travail mardi, jeudi dernier j'ai enfin pu prendre mon premier jour de congé depuis une éternité! C'était il y a trois jours déjà mais je m'en souviens comme si c'était hier.
Entre-temps Lola est sortie de l'hôpital et Susan l'a accueillie les bras ouverts.
Donc théoriquement à partir de maintenant je devrais avoir deux beaux jours de congés consécutifs par semaine! Je sais pas vous mais moi je suis toute impatiente.
Bisous February 08 l'évolution de la situation Depuis mon dernier post, ma maman me demande régulièrement des nouvelles sur l'évolution de mes relations avec ma colocataire. Si d'autres personnes se posaient la même question, je leur répondrais par cette petite anecdote. Nous avons dans notre salle de bain des plantes vertes qui nécessitent de la lumière. Agnès tiens donc à ce que dans la journée les stores soient remontés en permanence. Vous me connaissez, je suis pleine de bonnes intentions mais aussi un peu dans les nuages par moments, et donc il m'arrive d'oublier de remonter les stores après avoir utilisé la salle de bain. Visiblement cette semaine j'ai dépassé les limites du tolérable et suis venue à bout de la patience d'Agnès. Mardi soir elle m'avait laissé un mot sur le miroir au-dessus du lavabo: Ouvre les stores, pense aux plantes!!!!!! Malheureusement deux jours plus tard j'ai a nouveau failli à ma tâche et quand suis allée dans la salle de bain...plus de stores du tout! J'ai dû aller aux toilettes et prendre ma douche devant une fenêtre ouverte donnant sur la rue. En public quoi! Quand je lui ai demandé pourquoi elle avait retiré les stores, parce qu'après tout, peut-être étaient-ils juste sales elle m'a répondu que c'était pour protéger ses plantes. Parce qu'elles ne voulaient que ses amies les feuilles ne meurent juste parce que visiblement j'avais décidé de la faire chier. Donc maintenant ma colocataire souffre d'un délire de persécution et a décidé de me punir. Un peu comme si elle était ma mère. Ce matin mon Papa m'a demandé si je comptais rester à New York après mon stage, eh bien là tout de suite j'ai envie de répondre "Non plutôt mourir." January 16 Quelqu'un à vous présenter J'espère que vous avez tous passé de bonnes fêtes de fin d'année. Les miennes ont été très bonnes, merci. De la famille est venue me rendre visite, on s'est baladé, et tout et tout. Je ne m'étais même pas aperçue que ça faisait déjà deux mois que je n'avais pas écrit. C'est fou ce que le temps passe vite quand on ne fait rien de ses journées. Je n'ai pas réussi à trouver du travail dans une autre boîte, du coup Susan m'a reprise dans son équipe et depuis environ 3 semaines je suis vendeuse à temps partiel. C'est ennuyeux à mourir et ça ne paye pas les factures, mais au moins ça m'occupe en attendant d'évoluer. Car le but de l'opération est que Susan, petit à petit me reprenne à un poste plus consistant et plus intéressant. Moi je dis "on verra". Parce qu'avec elle il ne faut jurer de rien. Bref je n'ai pas grand chose à raconter, mais comme on m'a demandé de mettre ce blog à jour j'ai décidé de vous présenter une personne que je vous cache depuis trop longtemps déjà. Amis, Membres de ma famille, laissez moi vous présenter Agnès, ma colocataire. Elle est d'origine polonaise mais mon copain m'a un jour avoué que si on lui avait dit qu'il y avait une française dans notre appartement il aurait juré que c'était elle, rapport à la forêt vierge qu'elle entretient sous ses aisselles. Oui les Américains croient que les Françaises ne s'épilent pas et j'ai beau crier sur tous les toits qu'ils confondent avec les Allemandes, rien n'y fait. Agnès fait partie d'une catégorie de personnes extrêmement répandue à New York, les artsy. Les artsy sont des gens qui se considèrent comme des artistes mais ne vivent pas de leur art. Agnès par exemple se présentera à vous comme une photographe qui en ce moment est chef de projet pour le Moma. Ca signifie qu'elle travaille pour le Moma et qu'à ses heures perdues elle prend des photos et rêve d'en faire son vrai métier. Moi sur le principe je dis pas non; et j'aurais même envie d'encourager ce genre de comportement, mais depuis 10 mois que j'habite avec elle, la seule fois que je l'ai vue manipuler un appareil photo c'était pour prendre un gros plan du champignon qui poussait dans le pot de son ficus. Cela dit c'était un très bel appareil qui avait l'air d'avoir coûté très cher. Le côté artiste d'Agnès, à défaut d'être perceptible dans ses clichés est très visible dans son appartement. Elle l'a peint avec goût, tout en blanc, l'a décoré de façon très hype avec une tête de biche empaillée au mur de son atelier et elle tient à ce que l'ensemble reste classe. Par exemple mon bol rempli de bredele n'était pas du tout chic, posé sur la table de la cuisine. Elle a donc été obligée de le ranger à sa place, dans un placard, en équilibre précaire sur un paquet de riz. De la même manière mon tube de crème pour le corps n'était pas en harmonie avec le reste de la salle de bain, posé qu'il était en haut d'un étagère. Elle a dû le ranger elle même au milieu des shampooings (va comprendre!). Moi il m'arrive d'oublier les règles du bon goût et parfois je laisse ma crème là où je sais que je pourrai l'atteindre facilement. Mais heureusement Agnès veille au grain et ne laisse jamais ce genre de faute impunie. Son sens de l'esthétique s'étend même à l'intérieur du frigo et aux placards à nourriture. Il ne faudrait pas que ma moutarde premier prix vienne ternir l'éclat de son jambon à la coupe. Ma nourriture reste dans mon tiers du frigo et sur LA étagère (par opposition à toutes les autres étagères) qui m'a été attribuée. Puisque j'en suis à vous parler de nourriture, je dois souligner qu'Agnès fait partie d'une autre catégorie de personnes également très répandue ici: Agnès est une foody, c'est à dire une personne qui envisage la nourriture de manière snob. Les foodies comme Agnès ne mangent que de l'organique, du bio. Ils sont souvent végétariens mais quand ils ne le sont pas ils ne veulent dans leur assiette que du bison, de l'agneau élevé en serre, de l'oeuf d'autruche nourrie à la main par des orphelins ou du poisson sauvage. Agnès dans sa grandeur d'âme à essayé de me convertir mais sans succès. Il faut dire que ses méthodes sont assez radicales. Une fois que je mangeais avec mon copain un hamburger fait maison elles nous a lancé "Toute cette viande rouge, moi, ça me dégoûte!" Une autre fois où je me préparais des nuggets de poulet, elle s'est penchée au-dessus de ma poêle et a lancé "Tu sais que ce genre de produit n'est presque pas de la nourriture? Tu vas te boucher les artères et développer un troisième sein à ce rythme." J'avoue que depuis ce jour j'évite de cuisiner devant elle. Et de manière générale, j'évite de faire quoi que ce soit devant elle. Il faut dire que la princesse n'aime pas être dérangée, et rien ne la dérange plus que de vivre avec une tierce personne. Je le sais parce qu'elle me l'a dit elle-même. Ca faisait environ un mois que j'étais là quand elle m'a avoué que franchement la vie en colocation ne lui plaisait pas du tout, qu'elle n'avait certes pas les moyens de vivre seule, mais que tout de même elle était déçue car elle avait espéré que je serais moins souvent dans ses pattes. Pour ceux qui se demandent ce que "dans ses pattes" signifie, je tiens à préciser que notre appartement a un salon, par lequel on doit passer pour atteindre la salle de bain, mais ce salon a été converti en studio de création de Sa Majesté et qu'il m'est interdit d'accès en sa présence. Sa signifie que quand je suis chez moi je suis dans ma chambre. Et que si je dois aller à la salle de bain je dois utiliser la porte secondaire qui donne sur la cage d'escalier, ce qui est un peu pénible quand on doit aller aux toilettes en pyjama au milieu de la nuit juste au moment où le voisin du dessus rentre chez lui. Cela dit je ne me plains pas, moi au moins j'ai le droit d'être dans ma chambre, pas comme mon copain a qui elle voulait demander de payer une partie du loyer parce qu'il passait trop de temps chez nous. Vous vous demandez peut-être "Mais comment font-elles pour communiquer?". La réponse est toute simple, nous ne communiquons pas. Agnès ne m'adresse que très rarement la parole, et ce n'est jamais pour dire bonjour. Pour le minimum vital comme les factures, elle m'envoie des emails, même si elle est dans son studio et moi dans ma chambre. De toutes façons c'est mieux comme ça. La dernière fois qu'elle a aligné plus de 10 mots devant moi c'était pour se plaindre que son copain n'avait pas apprécié le cadeau d'anniversaire qu'elle venait de lui faire: un massage chinois avec fin heureuse. Lui qui est pourtant tellement ouvert d'esprit et toujours prêt à la déconnade! Non vraiment elle n'a pas compris... Un autre comportement symptomatique des artsy neworkais est leur rapport à l'environnement. Agnès a beaucoup de plantes dont elle prend soin, elle boit l'eau du robinet, trie les déchets, n'hésite pas à me le faire froidement remarquer quand je me trompe dans le trie et fais très attention à ne pas trop utiliser le climatiseur en été: elle ne rafraîchi que son studio et pas le reste de l'appartement, donc si quelqu'un d'autre vivait avec elle (mais qui cette personne pourrait-elle bien être?) cette autre personne pourrait mourir de chaleur la gueule ouverte. Par contre Agnès a peur du noir. Enfin c'est ce que je crois comprendre du fait que toutes les lumières sont allumées quand elle est là. J'ai beau passer derrière elle pour éteindre, elle repassera derrière moi pour rallumer. Et puis elle doit aussi avoir peur de perdre sa connexion Internet parce que son ordinateur est allumé en permanence, y compris pendant la journée quand elle est au travail, ou pendant le week end alors qu'elle est à la campagne. Voilà je crois que j'ai fait à peu près le tour. Je vous laisserai sur cette petite note: Un jour j'ai mal fermé une plaque de gaz et elle s'en est aperçu. Deux semaines plus tard, comme elle partait en voyage, elle m'a laissé un mot: T, (mon nom est trop long à écrire) Je ne voudrais pas être chiante, mais s'il te plaît ne fait pas exploser l'appartement en mon absence, Merci! A. PS: Tu peux arroser mes plantes?
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